Comme d'habitude........

Publié le par pdf95

Guerres en Afghanistan et en Libye

Et si Sarkozy avait tout faux…

 

lfxwdo8ff46r6a9ny6v5Qu’on ne se méprenne sur nos interrogations et notre critique ouverte de l’engagement militaire français en Afghanistan depuis près de dix ans comme en Libye depuis cinq mois. Les militaires français engagés sur ces théâtres d’opération extérieure y accomplissent parfaitement leur mission avec un professionnalisme et un courage qui leur sont unanimement reconnus. Mais ce savoir-faire démontré et tous les sacrifices consentis pour accomplir les missions qui leur sont confiées par le pouvoir politique ne doivent pas nous empêcher de nous poser publiquement des questions sur l’opportunité et la finalité de ces guerres : et si nous avions tout faux… Ou plus exactement si Nicolas Sarkozy avait tout faux dans l’analyse stratégique comme dans l’objectif politique affiché dans ces conflits.

Pourquoi continuer de mourir pour Kaboul et pour le gouvernement Karzaï, largement corrompu, alors que des millions de dollars d’aide américaine ont été détournés depuis des années par les talibans, comme vient de le révéler un document accablant publié par le Washington Post ?

Pourquoi se battre aujourd’hui contre le colonel Kadhafi, auquel nous voulions encore vendre il n’y pas si longtemps des Rafale, et livrer des armes aux rebelles du CNT (Conseil national de transition) alors que les membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) semblent déjà en avoir récupérées quelques-unes qui se baladent au Sahel ? Pourquoi laisser croire que Kadhafi va finalement tomber comme un fruit mûr alors que l’amiral Michael Mullen lui-même, chef d’état-major inter-armées des forces américaines, reconnaît que l’Otan est aujourd’hui dans « une impasse » en Libye ?

Voilà de vraies questions auxquelles le président Nicolas Sarkozy se devrait de répondre en qualité de chef des armées ayant pris la responsabilité d’engager la France dans ces deux conflits dont il ne sait plus comment se dépêtrer. Car il ne suffit plus de répéter – comme la semaine dernière aux Invalides devant les corps des sept derniers soldats français tombés au champ d’honneur – « Soldats, vous n’êtes pas morts pour rien » pour convaincre les Français du bien-fondé de ces guerres et de l’intérêt national à y participer.

En Afghanistan comme en Libye, la tournure des événements sur le terrain ne nous est pas spécialement favorable – c’est le moins que l’on puisse dire – mais il ne faudrait pas croire pour autant que ces réflexions et interrogations de bon sens ne sont dictées que par les circonstances, bien au contraire.

Exergue

« Nous faisons face à une radicalisation de l’insurrection »

Depuis l’annonce par Nicolas Sarkozy, le 12 juillet dernier lors de sa visite éclair à Kaboul d’un calendrier de désengagement militaire en Afghanistan, parfaitement aligné sur le désengagement américain annoncé par le président Barack Obama, et sans qu’il y ait forcément de liens de causes à effets, les mauvaises nouvelles ne cessent de s’accumuler comme des nuages noirs dans le ciel afghan.

Dans la province de Kapisa, au nord-est de Kaboul, nous avons perdu sept hommes en quatre jours et – au lendemain du 14 Juillet – la France s’est soudainement prise de compassion pour les meilleurs de ses fils tombés dans un conflit sans fin. Mais ce réveil de ferveur national au cœur d’un été pourri ne doit pas nous faire oublier que d’autres soldats de la même Coalition tombent chaque jour dans ce pays que l’on pourrait rebaptiser l’« Aburdisland ». Un parachutiste italien a ainsi été tué et deux autres blessés lundi dernier lors d’une patrouille conjointe avec les forces afghanes dans la vallée de Murghab, dans la province de Badghis, au nord-ouest du pays, où l’on a longtemps cru – à tort – qu’il ne se passait rien. Les Italiens, qui ont déployé quelque 3 800 soldats en Afghanistan, en ont déjà perdu 41 ! Jeudi, c’est un soldat polonais qui a laissé sa vie dans les montagnes afghanes, tué par un engin explosif improvisé lors d’une patrouille dans la province de Ghazni (est du pays) devenant ainsi le 28e Polonais mort au combat dans ce pays où servent 2 800 de ses compatriotes.

Mais c’est à Kandahar, l’ancien fief du mollah Omar, que les talibans reprennent véritablement du poil de la bête. Ils viennent en effet d’y assassiner le maire de la ville après avoir eu la peau le 12 juillet du gouverneur de la province, Ahmed Wali Karzaï, qui n’était autre que le demi-frère du président afghan. Comme l’avait bien souligné le général Emmanuel Maurin, actuel patron des troupes françaises en Afghanistan, « nous faisons face à une radicalisation de l’insurrection ».

Il en va de même en Libye, où le général Abdel Fatah Younes, ancien numéro deux du régime Kadhafi qui s’était rallié à la rébellion, est mort, tué lors d’un interrogatoire à Benghazi par un mystérieux groupe armé qui a réussi à prendre la fuite, comme l’a annoncé jeudi le chef du Comité national de transition (CNT) Moustafa Abdeljalil. Ancien ministre de l’Intérieur du colonel Kadhafi, il s’était rallié très tôt aux insurgés après le début du mouvement de contestation le 15 février, occupait depuis d’importantes responsabilités militaires à leurs côtés et était même venu tout récemment à Paris pour y réclamer une aide militaire au grand ami de la rébellion libyenne : Nicolas Sarkozy. Sans commentaire !

YVES BRUNAUD

source Présent

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