La percée du jobbik.....

Publié le par pdf95

Les nationalistes du Jobbik prospèrent  

Rassemblement, le 6 avrildernier de militants du Jobbik sous la bannière blanche et rouge de la dynastie d'Arpad, la première ayant régné en Hongrie (de 896 à 1301). Ils commémoraient l'anniversaire du début de la révolution de 1848.
Rassemblement, le 6 avrildernier de militants du Jobbik sous la bannière blanche et rouge de la dynastie d'Arpad, la première ayant régné en Hongrie (de 896 à 1301). Ils commémoraient l'anniversaire du début de la révolution de 1848. Crédits photo : AFP

Des dizaines de milliers de Hongrois s'apprêtent à voter pour l'extrême droite lors des législatives de demain. Après avoir obtenu près de 15 % aux européennes de 2009, le parti nationaliste Jobbik pourrait au moins rééditer ce score.

Un drapeau rouge-blanc-vert sur la façade de sa villa, un autocollant de la «Grande Hongrie» (1) à l'arrière de sa Volvo, un bracelet tricolore au poignet gauche. C'est peu de dire que Gusztav Tolnay est patriote ! «J'éprouve simplement le besoin de montrer que je suis hongrois, proclame ce débonnaire chef d'entreprise de 64 ans, qui se sent, depuis quelques années, submergé par ses sentiments nationalistes».

Comme lui, des dizaines de milliers de Hongrois s'apprêtent à voter pour l'extrême droite lors des législatives de dimanche. Après avoir obtenu près de 15 % aux élections européennes de 2009, le parti nationaliste Jobbik (qui signifie à la fois, «plus à droite» et «le meilleur») pourrait, selon les sondages, au moins rééditer ce score, et même devenir la deuxième force politique du pays.

Ces nouveaux croisés, bardés de drapeaux et d'insignes militaires, ont pour «objectif primordial la défense des valeurs et des intérêts hongrois». «Depuis notre adhésion à l'UE en 2004, que ce soit en matière économique, culturelle ou démographique, nous n'avons eu que des expériences négatives, indique Zsolt Varkonyi, directeur de campagne du Jobbik. Une part importante de notre économie et de notre système bancaire est détenue par des étrangers. Savez-vous qu'à Budapest, 70 % des investisseurs dans l'immobilier sont juifs ?»

 

Krisztina Morvai.
Krisztina Morvai. Crédits photo : AP

Marre du capitalisme, de la mondialisation, de l'Union européenne, de l'élite politique, des Roms, des Juifs… Le Jobbik clame son ras-le-bol sur tous les tons. Et verse parfois dans l'obscène. La tirade de son égérie, la blonde BCBG Krisztina Morvai, députée européenne, sur «ceux qui feraient mieux de s'amuser avec leurs petits zizis circoncis au lieu de (la) diffamer», a choqué l'ensemble de la classe politique. «Si on commence à virer tous ceux qui ont commis des maladresses…», soupire Marton Gyöngyösi, chargé de la politique étrangère du parti.

Avec les Roms, qui représentent de 5  à 7 % de la population, le Jobbik n'est guère plus délicat. Dans son programme, il insiste sur la nécessité d'éradiquer la «criminalité rom». Depuis 2007, la Garde hongroise, une organisation paramilitaire liée au parti, avait pris l'habitude de parader dans les villages à forte population rom, pour «intimider» les criminels et «réveiller la conscience nationale». «Ça leur fait peur et c'est très bien  ! martèle Gusztav. C'est pour cela que le Jobbik est très fort dans le nord-est de la Hongrie, où l'ordre public est en déliquescence, où les tensions sociales sont exacerbées depuis la crise économique.» La Garde hongroise, dissoute en 2009, a aussitôt été recréée, mais se fait pour l'instant plus discrète… Le Jobbik souhaite instaurer une gendarmerie dévolue aux «problèmes roms», des peines plus dures pour les criminels et, pour éviter de «financer la fécondité rom», remplacer les allocations familiales par des déductions fiscales à partir du troisième enfant.

«Notre secret, c'est que nous évoquons des thèmes qui ont été tabous ces vingt dernières années» (depuis la chute du communisme) , résume Marton Gyöngyösi. Selon une étude de l'institut Political Capital, le nombre de Hongrois susceptibles d'adhérer aux idées d'extrême droite a doublé en six ans, à plus de 20 % actuellement. Quant à la proportion de mécontents de l'establishment, elle a presque quadruplé (46 % en 2009).

 

Le «diktat de Trianon» 

À l'approche du 90e anniversaire du traité de Trianon, en juin, nombre de Hongrois replongent dans ce sentiment d'abandon qui a tant marqué leur identité nationale. Au Jobbik, on dénonce cet «inique diktat», cause de tous les malheurs des Magyars, et on rêve de reconstituer la «Grande Hongrie». «Trianon, c'est la chose la plus terrible, la plus perfide qui nous soit jamais arrivée ! souligne Gusztav le chef d'entreprise. Malheureusement, c'est irréaliste de souhaiter le retour de ces terres… Mais il faut au moins que les Hongrois d'outre-frontières obtiennent l'autonomie». Comme lui, plus de 5 % des automobilistes hongrois ont choisi d'appliquer un autocollant de la «Grande Hongrie» sur leur véhicule.

Dans les meetings, entre deux chants patriotiques, les sympathisants racontent leur déception vis-à-vis des vingt dernières années. «J'en ai assez de me réveiller en pensant que je dois aller travailler pour 300 euros et entretenir une famille tsigane avec 10 enfants, tandis que moi, je ne peux me permettre qu'un seul enfant !», lâche une fonctionnaire. «Ici, on retrouve les “vrais Hongrois”, commente une jolie blonde.

Beaucoup, à l'instar de Gusztav, sont d'anciens électeurs de la droite conservatrice (Fidesz). Mais, aujourd'hui, ils placent droite et gauche «dans le même sac». «Le Fidesz ? Trop libéral, pas assez nationaliste, tranche l'homme d'affaires. Et puis il risque d'obtenir la majorité des deux tiers : je ne veux surtout pas d'un régime de parti unique. Plus jamais ça ! De toute façon, si la droite veut modifier la Constitution, elle le pourra, puisque le Jobbik votera avec elle. Si, bien sûr, cela va dans le bon sens…»

 

source Le Figaro

 

 

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