Liberté....

Publié le par pdf95

LIBERTE D'EXPRESSION

Une part démesurée de l’espace médiatique franco-français est occupé, c’est le mot, par des polémiques qui n’auraient aucun sens si la liberté d’expression existait réellement dans notre pays.


C’est terrible, il faut faire attention à ce qu’on dit, même en privé ! vous n’êtes jamais sûr que des oreilles ennemies ne notent pas tout pour vous cafarder le moment venu et vous plonger dans les affres de procédures judiciaires où, par nature même, aucune preuve déterminante ne sera jamais possible.

Ceux de mes lecteurs qui ont connu la Quatrième République peuvent témoigner de cette disparition de la liberté de s’exprimer, par la parole ou par l’écrit.

La Quatrième en effet était un régime très particulier : le ’’régime des partis’’, où les élections se faisaient pour l’essentiel à la proportionnelle, où le parti communiste pesait régulièrement entre 20 et 25 pour cent des voix MAIS PAS PLUS, CE QUI NE LUI PERMETTAIT PAS DE GOUVERNER. Quelle différence avec Jospin, qui a gouverné en dictateur (les 35 heures, la démolition de 80 pour 100 du quotient familial, merci DSK, etc) alors qu’il ne représentait que même pas 15 pour 100 des électeurs inscrits !

Donc ceux qui se souviennent peuvent attester qu’il nous restait une presse réellement plurielle, avec des feuilles de gauche certes, mais avec ’’La Nation Française’’ de Pierre Boutang, avec ’’Combat’’ qui savait se démarquer des communistes sur les points les plus sensibles, avec les populistes ’’France-Soir’’ , ’’La Parisien Libéré’’, et ’’L’Aurore’’ (qui sait que l’Aurore, au départ, fut fondé par Clémenceau ?), le très à gauche mais non communiste quand même ’’Libération’’ de l’époque, très différent de l’actuel, bref une presse vivante de ’’L’Humanité’’ à ’’Rivarol’’ et ’’L’Action Française’’, rescapé des années Maurras.

Cette presse était relativement libre. Ce qui est curieux, c’est que les rigueurs consternantes de ’’L’Épuration’’ n’avaient pas, ou que fort peu, porté atteinte à cette pluralité réelle d’expression.

Ainsi on a pu lire, dans ’’La Nation Française’’, au moment même où de Gaulle ’’dégageait’’ d’Algérie, une longue interview sur deux pages centrales de Jacques Soustelle, alors proscrit, où était longuement analysé son tout nouveau livre ’’l’Espérance trahie’’. Le numéro n’a pas été saisi ! on a pu lire, dans Rivarol, un fort long article sur Pierre Pucheu, où l’auteur fustigeait l’exécution cruelle de ce ministre de Pétain. Ce ne sont là que deux exemples parmi des centaines de la même force. Le numéro n’a pas été saisi !

Certes le pouvoir sortait de temps en temps le bâton de la saisie, mais jamais pour des faits passés, seulement pour des faits sensibles du moment, et de toutes manières c’était rarissime.

J’atteste que dans l’École où j’étais conscrit, existait un ’’salon de lecture’’ où TOUTE la presse quotidienne et hebdomadaire était à disposition des élèves, qui ne se privaient pas de lire tout l’arc-en-ciel des opinions exprimées, notamment sur l’affaire algérienne. On a pu lire par exemple dans cette presse de longs articles, non saisis, consacrés à l’exécution de Bastien-Thiry, la plupart pour protester contre cette exécution.

Ici une parenthèse s’impose : je raconte cela sans perdre de vue mon sujet, la liberté d’expression. L’étouffoir de la censure implicite qui nous enserre tous est tel, aujourd’hui, que je me vois dans l’obligation de me justifier sur mon évocation de l’affaire Bastien-Thiry. C’était uniquement pour montrer que la presse était bien plus diverse et libre qu’aujourd’hui, et j’interdis à quiconque d’en déduire mon opinion personnelle sur le fond de cette triste affaire ; pour bien montrer ma bonne foi, et que le débat est possible sans préjuger du fond, je rappelle qu’un exalté, au moment de la conférence de la Paix de 14-18, où la vedette incontestée était Clémenceau, agressa ce dernier avec un couteau et le blessa au dos. L’exalté fut promptement arrêté et Clémenceau fut conduit à l’hôpital, où il dut rester un certain temps, pendant lequel il reçut les chefs des Etats les plus importants de la planète en pyjama, assis dans son lit. Clémenceau était alors l’homme le plus puissant du monde, le roi du monde, il le resta quelques mois. Les services de Police lui amenèrent tout cru le jeune exalté (au sens figuré). Clémenceau n’avait qu’un doigt à claquer, ce jeune homme aurait été guillotiné sur l’heure. Clémenceau le gracia, sans hésiter......fin de la parenthèse

Alors comment en sommes-nous arrivés là aujourd’hui ? pourquoi n’avons-nous qu’une presse unique, qu’une pensée unique ? pourquoi chacun de nous a-t-il peur de penser de travers, et se garde-t-il bien d’exprimer ses pensées sans avoir consulté en secret ses avocats intérieurs, ceux de l’autocensure ?

Ce qui arrive à M. Guéant est caractéristique. Il a dit ’’les civilisations ne se valent pas’’. Il n’a même pas dit ’’certaines sont supérieures à d’autres’’. Mais tout le monde en a déduit qu’il PENSAIT que certaines civilisations sont supérieures à d’autres. Et pourquoi ce propos qu’il n’a pas tenu lui est-il prêté et lui vaut-il de s’être fait traiter de ’’nazi’’ sans même pouvoir répliquer par une plainte en diffamation ? Mais tout simplement, parce que M. Guéant est de droite ; il n’est donc pas dans le camp du Bien, donc il a forcément pensé mal, donc ce qui compte n’est pas ce qu’il a réellement dit (à savoir : les civilisations sont diverses, mais ce qu’il a pensé parce qu’il est de droite, et ce qu’il a pensé, c’est donc forcément que les civilisations occidentales sont supérieures aux autres, donc c’est un raciste, donc c’est un nazi, et quiconque n’est pas d’accord avec ça est un sale hypocrite, donc un complice, donc lui aussi un pro-nazi, etc. Et chacun a peur de se compromettre en défendant M. Guéant.

Donc personne ne le défend sérieusement, de peur d’être catalogué, ce qui aurai des conséquences fatales sur la carrière et même la situation personnelle....

Car malheur à qui est catalogué ! même s’il échappe au procès direct, il sera fui comme la peste, il ne lui sera plus confié des responsabilités sensibles, il se verra rapidement isolé comme l’étaient les pauvres gens, sous l’Inquisition, sur la porte de qui une autorité de la Très Sainte Inquisition avait placardé un avis ’’soupçonné de sorcellerie’’. Cet avis était le prélude au bûcher final, parfois après d’abominables tortures, épilogue qui pouvait prendre jusqu’à quatre ans après le placardage de l’avis....

Un travail urgent serait, pour ceux qui rêvent de recouvrer dans nos pays une vraie liberté d’expression, de commencer par un débat sérieux, argumenté philosophiquement, sur ce qu’on entend par ’’liberté d’expression’’. Attention, le simple fait d’ouvrir un tel débat peut être séditieux ! dire par exemple que M. Guéant a simplement dit que les civilisations ne se valent pas toutes ne saurait être acceptable pour la Très Sainte Inquisition de notre temps. ’’Ne se valent pas toutes’’ ne signifie pas que certaines seraient ’’meilleures’’ que d’autres’’ ? argutie dérisoire, vous avez donc pensé le contraire et vous ergotez pour défendre l’indéfendable, voilà ce que la police de la pensée de notre époque va vous répondre.

Ainsi petit à petit, nous avons perdu notre liberté de nous exprimer. Même nous exprimer en privé n’est plus sûr. Alors quoi ? alors on se tait. On n’ose plus dire ce qu’on pense, et encore moins l’écrire. Même si la pensée est inoffensive, le pli est pris : une pensée inoffensive peut vous valoir des ennuis, le mieux est de s’en tenir aux sujets banals, le foot, les bagnoles, le ; temps qu’il fait...même dire que les USA ne sont pas tout à fait l’enfer que nous décrivent les communistes est déjà très osé, mieux vaut s’abstenir....

Bientôt, carrément, on n’osera plus penser. La loi Gayssot, la loi sur les génocides, attention il y en a bien d’autres, le Rwanda, le Cambodge, le Biafra, l’Ethiopie, le Soudan du Sud.....le mieux est de se taire.

Que fait-on donc dans nos Lycées et Collèges ? au temps de la Quatrième, les classes Terminales dites de ’’Philo’’ étaient respectables et respectées. On y apprenait à penser, à réfléchir avec sa raison avant de dire n’importe quoi. On y apprenait l’humilité devant tous ceux qui ont pensé avant nous et honoré l’espèce humaine par leurs pensées. Il aurait été inconcevable de remettre une copie qui ne se réfère pas, pour étayer les raisonnements, à d’illustres penseurs contemporains ou du passé. On était collé au bac Philo si on ne possédait pas un minimum de culture générale vraie. Cela nous donnait des juristes pondérés, forts d’une expérience de vingt-cinq siècles de civilisation indo-européenne, en passant par la grecque, la romaine, mais sans négliger le glorieux passé de l’antique Perse, et sans négliger non plus les apporte positifs de la civilisation islamique. Cela nous donnait des fonctionnaires remarquables, respectueux de TOUTES les cultures. Je n’en veux pour preuve, je m’évertue à le dire, que ces admirables fonctionnaires de l’Empire Colonial français qui ont construit, au Maghreb, des forts, des hôpitaux, des immeubles publics, des Écoles coraniques pour jeunes filles (vous pouvez en voir des photos dans l’ouvrage de Gaston Bonheur sur l’Algérie du temps de la France, riche d’une splendide iconographie), des habitations privées dans le respect tatillon du style maure le plus orthodoxe. Ces fonctionnaires ont ainsi construit les plus beaux ouvrages d’architecture de style maure d’Algérie et du Maroc qui se soient construits depuis 1860. Preuve qu’ils avaient reconnu une différence culturelle majeure entre l’Islam et nos civilisations judéo-chrétiennes ET AVAIENT RESPECTE CETTE DIFFERENCE. Ils étaient assez intelligents pour savoir que différence n’implique pas hiérarchie ! et c’est l’École Républicaine qui leur avait appris cela, d’instinct, par la qualité de son enseignement, notamment dans les classes de ’’Philo’’ !

Tenez, un dernier exemple : la dernière polémique sur les homosexuels. Certes, ce M. Vanneste ne me semble pas briller par une intelligence fulgurante. Depuis longtemps, il exprime des opinions personnelles quelque peu sommaires et abruptes, c’est le moins qu’on puisse dire, sur le sujet, certes pas nouveau, de l’homosexualité, notamment masculine.

A titre personnel, ce Monsieur me fait penser au bouquin ’’brèves de comptoir’’ de Gouriau. Ce bouquin, dont on a dit du mal ici et là, est finalement assez drôle, car ce qui y est écrit retrace, hélas avec fidélité, ce qui se dit réellement au café du commerce. Quelques pages sont consacrées aux ’’pédés’’ et aux ’’gouines’’. Mais oui, je le déplore, c’est réellement ce qu’on y entend, au café du commerce, ces brèves, quand la conversation, entre deux coups d’apéro, vient là-dessus : ’’dans la couture, tous pédés’’ ; ’’les championnes de tennis, avec leurs gros culs, toutes des gouines’’ ; ’’les bouchers, pas tous, mais des fois, c’est des gros pédés’’ ; ’’dans la danse, c’est pédé et compagnie’’....c’est ça qu’on peut réellement entendre, au café du commerce, entre deux pastis, de la part d’êtres frustes dont la culture n’est pas la caractéristique principale...

Alors au lieu de faire tout ce foin, pourquoi ne pas renvoyer ce Vanneste, avec humour, à son public qu’il semble affectionner, celui dépeint dans les ’’brèves de comptoir’’ ? le ridicule n’est-il pas la meilleure arme contre ce genre de ’’vannes’’ ? (cf. La Rochefoucauld ’’Le ridicule déshonore plus que le déshonneur’’).

Et quand on est un peu plus cultivé que ne semble l’être ce Vanneste, on pourrait lui rappeler quelques faits historiques assez gênants pour lui :

D’abord, qu’il lise et relise ’’Le Banquet’’, de Platon. Quiconque l’a lu n’a pas besoin de commentaire.

Ensuite, qu’il lise et relise Saint-Simon (pas celui admiré par Napoléon 3, non, celui des Mémoires). Il va en apprendre de belles sur ’’Monsieur’’, le propre frère du roi Louis XIV, alias le duc de Vendôme (en abrégé : Vendôme). Même à notre époque, on hésiterait à raconter ce qu’on peut lire là-dedans, ça ne faisait pas dans la dentelle ! il n’est pourtant rien arrivé à Vendôme, qui est mort de sa belle mort....)

Qu’il s’instruise un peu sur Napoléon Premier. Quand il fut Premier Consul, après promulgation de la constitution de l’An VIII, Bonaparte fit de Cambacérès le second personnage de l’Etat ; ses états de service, son immense compétence juridique le justifiaient amplement. Or Cambacérès était un homosexuel exclusif notoire qui ne s’en cachait même pas. Et Bonaparte s’en foutait royalement !

A la ’’Belle Epoque’’, il existait à Paris nombre de boîtes à hommes pour hommes, Proust les a décrites et les fréquentait assidument.

Sous Pétain, eh oui, sous Pétain, à Vichy, le ministre de l’Education Nationale nommé d’abord par Laval fut Abel Bonnard, autre homosexuel notoire et fier de l’être. Laval le proposa au Maréchal, qui toussa un peu (’’quand même, à l’Éducation Nationale ! savez-vous son surnom ? Gestapette’’. Mais Laval l’emporta, et Abel Bonnard fut nommé. Pourquoi ? mais parce que c’était de loin le meilleur candidat à ce poste !

Et sous la Quatrième, ce qui nous ramène au début : Louis Jacquinot, c’était bien connu ; lui aussi, une pointure, une compétence juridique hors pair. Il fut de TOUS les gouvernements. Il était si bon dans ces matières que même de Gaulle, revenu au pouvoir fin 1958, le reprit !

Tous ces exemples montrent qu’il ne faut pas avoir peur de la liberté d’expression. La censure universelle, les tabous, les pensées uniques toujours auxiliaires du pouvoir, ce qui est une horreur, tout ça ne convient pas à l’homme, le vrai homme. Et toutes ces minables censures se retournent tôt ou tard contre ceux qui les imposent à la société. L’intelligence et la vérité finiront toujours par avoir le dessus. Il ne faut JAMAIS s’abaisser au niveau des brèves de comptoir. Et les censeurs, au final, n’ont comme public que celui observé par Gouriau dans ses ’’brèves de comptoir’’. Tel est, à mes yeux, le point de départ obligé de toute entreprise de reconquête du droit de parler et d’écrire.

 

FREDELAS

Euro-Reconquista

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