Propagande Sarkozienne.....

Publié le par pdf95

120 millions d'euros pour manipuler l'opinion ? Presque, mais pas tout à fait.

Lundi dernier, Nicolas Sarkozy niait avoir le temps de se préoccuper de sa réélection en 2012. Il «travaille.» Quand on apprend, quatre jours plus tard, qu'il s'apprête à dépenser 120 millions d'euros sur les deux prochaines années, aux frais des contribuables, pour moderniser sa communication gouvernementale, on manque de s'étrangler. Après le financement politique «modernisé»,  les conflits d'intérêts «institutionnalisés», la propagande politique serait-elle industrialisée ?

 

Publicité clandestine illégale
  Le SIG, dirigé par Thierry Saussez, centralise l'ensemble de la propagande communication gouvernementale, et notamment :
- la plate-forme Web (4000 videos à ce jour, 7 personnes dédiées), pour 2,7 millions d'euros.
- le site France.fr, pour 1,6 millions d'euros (un site toujours en panne depuis son ouverture le 14 juillet, «victime de son succès»),
- les enquêtes d'opinions, pour 3,9 millions d'euros (en plus de 1,8 millions d'euros toujours gérés directement pas la cellule de l'Elysée)
- les campagnes de publicité classiques (14 millions d'euros par an), dont 7 millions récemment dépensés pour les retraites entre avril et juin.
- la veille du Net : un appel d'offre avait été remporté en octobre 2009 par Fleishman-Hillard, sur la base d'un édifiant cahier des charges. Le SIG s'était déjà doté de Watch deux ans auparavant pour surveiller une cinquantaine de sites médias et blogs associés.

Globalement, le budget du SIG s'est élevé à 6,9 millions d'euros en 2006, 6,2 millions en 2007, 10,7 millions en 2008, et 27 millions en 2009. Pour 2010, son budget initial se chiffrait à 22 millions d'euros et 105 collaborateurs. Il a été porté à 27,95 millions d'euros par la loi de finances rectificative.

Ces dépenses n'intègrent pas l'ensemble des dépenses de communication gouvernementale. Ces dernières s'élèveraient à quelques 100 millions d'euros par an, contre 49 millions d'euros en 2008. Cet «effort» fait partie du plan de soutien à la presse décidé à l'issue des Etats Généraux de la presse début 2009. A la demande d'un député UMP, Lionel Tardy, différents ministères ont ainsi communiqué le coût de fonctionnement et de promotion de leur propre site internet. En 2009, le total avoisine déjà les 6 millions d'euros :

  • Premier ministre (la réponse) : 1,02 million d’euros 
  • Affaires étrangères et européennes (MAEE) (la réponse) : 140 401 euros
  • Économie, industrie et emploi (la réponse) : 1 942 032 euros.
  • Espace rural et aménagement du territoire (la réponse)  : 273 132 euros 
  • Alimentation, agriculture et pêche (la réponse) : 137 513 euros  
  • Intérieur, outre-mer et collectivités territoriales (la réponse)  : 13 950 euros
  • Éducation nationale (la réponse)  : 1 244 386 euros
  • Enseignement supérieur et recherche (la réponse) : 567 815 euros
  • Défense (la réponse)  : 380 000 euros
  • Justice (la réponse)  : 29 000 euros

Avec 120 millions d'euros annuels à sa disposition (+20%), la propagande semble donc changer d'ampleur et de nature. Le gouvernement cherche de nouveaux modes de communications, moins évidemment publicitaires.

Dans la communication gouvernementale, on peut ainsi distinguer trois catégories : l'information du public de nouveaux dispositifs (vaccination contre la grippe A, mise en place du RSA), la prévention (alcool, cancer, sécurité routière, etc) et... la promotion de l'action du gouvernement. Cette dernière catégorie est purement et simplement de la propagande. Sarkozy a ainsi fait dépenser des millions d'euros pour vanter le plan de relance (en 2009), sa réforme des retraites (en 2010) ou s'adresser aux jeunes via un skyblog dédié.

Ce type de publicité devrait être soumis aux règles habituelles régissant le secteur : des espaces dédiés, une mention explicite de son caractère publicitaire, et une part de voix attribuée à l'opposition. Par exemple, les mairies publient souvent des bulletins d'information qui doivent laisser quelques pages aux représentants de l'opposition. Cette nouvelle commande de 120 millions d'euros s'apparente donc pour partie à une vaste opération de publicité clandestine. Primo, s'agissant de communication politique, elle est d'autant plus anti-démocratique que les oppositions au gouvernement Sarkozy ne disposent évidemment pas des mêmes moyens. Deuxio, quelles sont les parts relatives des dépenses de communication simplement informative et de la promotion des réformes ? Thierry Saussez reconnaît, dans les colonnes de Libération : «il y aura évidemment beaucoup de service après-vente des réformes», sans plus de précisions.

... à l'Elysée aussi
Dans le récent rapport de la Cour des Comptes sur l'année 2009, cette dernière s'inquiète déjà de l'inflation incontrôlée des dépenses de communication du président français: «La médiatisation des déplacements engendre des coûts de plus en plus élevés». Les dépenses du service audiovisuel d'Elysee.fr sont passées de 465 000 euros en 2008 à plus de 1,2 millions d'euros en 2009 pour les déplacements en France ou à l'étranger. Sarkozy s'est fait fabriquer un décor pour 141 000 euros pour habiller chacune de ses tables-rondes lors de ses «visites de terrain» aux quatre coins du pays.

La semaine prochaine, Nicolas Sarkozy a déjà prévu deux nouveaux déplacements en province, les 22 et 23 juillet. L'occasion de médiatiser qu'il «travaille», alors qu'il sortira de 8 jours de vacances. Son agenda officiel est vide depuis le 14 juillet au soir.


Bonne rentrée.

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