Sarkozy : bilan et retour aux sources.............affichés!!!

Publié le par pdf95

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On a déjà beaucoup gaussé sur l’affiche de campagne de Sarkozy à peine sortie des presses. Certes, voir le profil sarkozien se dresser sur fond de platitude marine n’est peut être pas en soi très évocateur… Et pourtant ! A défaut d’être porteur en terme électoral, ce petit chef d’œuvre pictural est infiniment révélateur.

Techniquement la maladresse était insigne : avoir été choisir une photo étrangère pour illustrer la France à l’occasion d’une élection nationale n’était pas en soi particulièrement subtil. D’où le titre évocateur du Monde « La mer est grecque ! » qui n’allait pas rater une si belle occasion :

Il est d’ailleurs intéressant de voir que les photos numériques ont ainsi un historique pistable, ce qui permettra – souhaitons le – de voir les médias aux ordres cesser de pratiquer de grossières manipulations de désinformation comme la fameuse manifestation d’opposants à Poutine illustrée dans le Parisien par… une photo d’une manifestation de soutien à Poutine : visiblement on peut être journaliste et s’auto-intituler spécialiste des questions d’Europe de l’est sans savoir lire le cyrillique au Parisien !

De quoi faire décerner un Bobard d’Or au Parisien aux prochains « Polémia Awards »

Mais la vraie question n’est pas là.

On ignore si le fait d’afficher une mer grecque est là une indélicatesse, une négligence ou une bêtise…

Mais la photo est indiscutable : c’est une vue de la mer Egée sous les nuages au soleil couchant.

On ignore aussi si l’ami publiciste Jacques Ségala en est responsable. Peut être n’y est-il pour rien et que depuis  son coup d’éclat en forme de pub pour Rollex – qui l’a définitivement fait classer comme débile, même parmi les médias – on suppose qu’il ne représente pas la meilleure image possible de publiciste pour s’associer à une campagne électorale…

Mais au-delà du fond (au sens propre du terme !) de l’image, ce qui est le plus intéressant dans cette affiche c’est le message qu’elle délivre et qui curieusement n’a amené aucun commentaire médiatique.

D’abord : « Le splendide isolement face à la vacuité marine », qui me semble un bon titre. Telle apparaît donc l’illustration de la fonction présidentielle selon Sarkozy ! Quant à la France, c’est devenu une abstraction, totalement évacuée de l’image, elle n’a donc évidemment aucune existence pour lui ! Cela devrait faire réfléchir plus d’un électeur : c’est la première fois qu’un président fait campagne sur fond d’image vide évoquant le crépuscule ! Triste constat où chacun évoquera à loisir le bilan politique de 5 ans de tergiversations et d’annonces médiatiques non suivies d’effet…

D’aucuns diront, sans doute, pour le défendre, que cela traduit la puissance intellectuelle de la réflexion du président – candidat–président sur l’avenir qu’il souhaite pour la « La France forte ». Mais cela ne trompera personne : qualifier Sarkozy d’intellectuel, c’est comme qualifier Ségala de subtil, cela procède de l’oxymore !

Pour ma part, ce profil face à la mer, pénétré de son ambitieuse suffisance, m’évoque irrésistiblement  non pas Victor Hugo et son  « Napoléon le petit » si souvent rappelé, mais Paul Valéry :

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !

Après tant d’orgueil, après tant d’étrange

Oisiveté, mais pleine de pouvoir,

Je m’abandonne à ce brillant espace…

Une strophe du Cimetière Marin que l’on croirait avoir été écrite pour lui.

Et pour sortir du registre purement littéraire, je pense aussi à Tacite, à cette sentence des plus inquiétantes de la Vie d’Agricola (30) qui mérite qu’on s’y arrête :

«Ubi Solitudinem faciunt pacem appelant»

Ce que nous traduisons souvent par :

« Là où ils font un désert, ils appellent cela la paix»

Mais aussi – mot à mot –  par :

« Ce qu’ils appellent paix, c’est là où ils font qu’ils soient les seuls »

Et pour qui s’est cassé les  dents sur la syntaxe de ce redoutable maître de la langue latine, du record man du monde des cauchemars pour latinistes, on sait que souvent c’est en usant de l’interprétation la plus abstraite qu’on trouve la vraie signification, celle voulue par l’auteur :

« Ce qu’ils appellent la paix, c’est là où ils on fait table rase… »

On comprendra que j’en resterai à cette interprétation .

Et là brusquement, la mer Égée prend tout son sens : sa présence n’est pas un hasard ! C’est le retour à ses sources que Sarkozy ne manque jamais d’évoquer : un pèlerinage du « petit fils du juif de Salonique ».

Cette mer Égée, c’est celle qui baigne Salonique, qui fut la plus grande ville juive d’Europe du nord du pourtour méditerranéen, connue depuis le XV eme siècle sous le nom de « Jérusalem des Balkans » où convergeaient les juifs de toute l’Europe (voir photo) et notamment de la péninsule ibérique depuis la Reconquête… En 1613 ils constituaient 68 % de la population…

Comme toujours, les juifs – qui prospéraient là depuis quatre siècles sous la protection musulmane, de l’Empire ottoman, tout comme ils le faisaient à l’ombre du califat de Cordoue – s’angoissèrent lors du rattachement de Salonique à la Grèce orthodoxe et quittèrent massivement Salonique pour Égypte au début du XX eme siècle.

Le monde chrétien, il y a deux mille ans que cela dure, a toujours été considéré comme la pire des choses pour ces gens là !

Les Grecs prirent néanmoins certaines mesures provisoires visant à favoriser l’intégration des Juifs restants, comme par exemple en les laissant travailler le dimanche. On notera cette insistance de Sarkozy à imposer, encore aujourd’hui, envers et contre tous (parlementaires, syndicats, etc.) la libéralisation du travail le dimanche. Une coïncidence sans aucun doute au crépuscule de son mandat…

Alors ce Sarkozy pensif qui s’affiche contemplant le crépuscule de la mer qui baigne Salonique, c’est une coïncidence ? Pas vraiment, d’autant qu’en face, géographiquement… c’est la Turquie !

Cette affiche n’est donc pas le fruit d’un hasard et d’une maladresse : certains bons esprits l’ont d’ailleurs pastichée, surchargée d’un éloquent Costa Concordia en plein naufrage.

Cette affiche est une provocation antinationale savamment calculée !

Que les électeurs s’en souviennent !

Jean Aymard de Toucéquon

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