Les Journalistes voient des revenants.....

Régionales: le FN progresse surtout dans la tête des journalistes


La prétendue renaissance du FN est moins évidente qu’il n’y paraît. Depuis 12 ans, le FN perd des voix aux élections régionales. Le parti ne parvient pas à s'enraciner durablement au niveau local. Marine Le Pen, qui résiste mieux que les autres, est au pied du mur : la stratégie du parti sera à revisiter.


Contrairement aux annonces alarmistes sur une remontée en puissance du Front national, ces Régionales ont en réalité  bel et bien marqué un recul du FN. Avec son score de 11,6% et ses 2 223 760 voix, il a perdu 32,07% de son électorat aux scrutins régionaux en 12 ans. En 1998 (scrutin à un tour), il obtenait 15% des voix avec 3 273 549 électeurs. En 2004, au 1er tour, son électorat remontait quelque peu en passant à 3 564 059 votants, soit une hausse de 8,87%.

La montée de l'abstention n'est pas seule en cause dans cette baisse des effectifs FN. En effet, l'électorat du parti régresse plus vite que le nombre total de participants à chaque scrutin. De 1998 à 2010, le nombre total de suffrages exprimés a chuté de 23,32% en passant de 21 807 596 à 19 475 713 tandis que les seuls électeurs frontistes diminuaient de 32,07%. De 2004 à 2010, cette baisse est de 23,48% (on est passé de 25 452 858 votants à 19 475 713) contre 37,61% pour les frontistes.

En examinant la carte publiée par Le Monde du 15 mars, on remarque que, de 2004 à 2010, le FN s’est resserré sur ses terres de prédilection situées à l’Est d’une ligne Le Havre-Perpignan. Division déjà décryptée par Marianne2. En 2004, il avait réussi à se qualifier au second tour dans 17 régions, contre 12 cette année. Dans toute les régions métropolitaines où il s'est présenté, le score du FN est en recul par rapport au scrutin précédent.

Un tiers de l'électorat perdu en 12 ans

Dans ce tableau, nous avons compilé le nombre des voix obtenues par le FN région par région au cours des trois derniers scrutins régionaux. Nous n’avons pas pris en compte les pourcentages afin d’écarter le biais de l’abstention. (Cliquez pour agrandir)

Premier enseignement du tableau, si le FN baisse un peu moins qu’ailleurs dans le Nord-Pas-de-Calais où la fille Le Pen a obtenu 18,31% des voix, il n’y a pas d’« effet Marine » à proprement parler. Entre 2004 et 2010, le FN a perdu 22,7% de ses voix passant de 290 908 à 224 870 électeurs (mais ce score intervient après une hausse de 22,61% entre 1998 et 2004).

Ironie sur sort, c’était Carl Lang, un des grands rivaux de Marine Le Pen, qui conduisait la liste FN en 2004. (Il a depuis fondé son propre parti le Parti de la France). De 1998 à 2010, le FN a perdu 5,23% de son électorat dans la Région. Le succès ne se voit qu’au plan micro-local. A Hénin-Beaumont, ville que Marine le Pen essaie de conquérir, le FN arrive en tête avec 39,08% des voix.

Consolation, la vice-présidente du FN échoue moins que son autre rival Bruno Gollnisch, tête de liste en Rhône-alpes, où le FN a perdu 31,39% de ses électeurs entre 2004 et 2010.

Le Pen décline en Paca

Deuxième enseignement, Jean-Marie Le Pen n’arrive pas à s’implanter réellement en Paca. En 1998, tête de liste, il avait obtenu 434 342 voix. En 2004, sa candidature avait été invalidée par la justice pour un problème de domiciliation fiscale et c’était Guy Macary qui l’avait remplacé. Le FN a alors obtenu 415 171 voix soit une baisse de 4,41%.

En 2010, à nouveau tête de liste, Le Pen père ne peut enrayer le déclin de son parti et n’obtient que 296 265 voix (soit un score de 20,29%) soit une chute de 28,64% par rapport à 2004 et de 31,79% par rapport à 1998.

Troisième enseignement, le FN n’arrive pas non plus à s’implanter en Île-de-France, région stratégique, où Marie-Christine Arnautu a obtenu 9,29% des voix. De 1998 à 2010, le parti a perdu presque la moitié de son électorat, passant de 502 575 à 268 313 voix.

Le déclin du FN en Île-de-France, en Paca et en Rhônes-Alpes par rapport au Nord-pas-de-Calais se voit mieux sur ce graphique (Cliquez pour agrandir).
Mais ces résultats n’ont pas empêché les commentateurs de gloser sur le renouveau du parti et le FN de crier victoire. Il en a le droit, surtout au vu des sondages catastrophiques et trompeurs. Il est vrai que par rapport à ses résultats médiocres aux Européennes (6,8% des voix au plan national) et aux Législatives (4,29%), le FN renaît quelque peu de ses cendres.

Enfin presque. Car vu sur le long terme et en comparant ce qui est comparable, ce déclin chronique du FN aux Régionales montre l’incapacité du parti à maintenir un réseau durable d’élus locaux. C’est ce qui fait, pour l’instant, la force du PS (23,52% aux Régionales au plan national) par rapport à Europe Ecologie (12,18%) et du Front de gauche (5,84%), qui bénéficie du soutien des élus PCF, par rapport au NPA et à LO (3,4%).

Si le FN est capable de coups de force lors des Présidentielles, comme lors du 21 avril 2002, ou de profiter d’un contexte local tendu (c’est le cas à Hénin-Beaumont), il ne peut se maintenir durablement et largement dans le paysage politique français. En résumé, le FN est plutôt bon en sprint mais mauvais en course de fond. Il n’est pas la troisième force politique du pays mais plutôt un trouble-fête aléatoire dans le temps et dans l’espace.

A travers la question idéologique — celle du choix entre une ligne d’extrême-droite authentique et celle d’une droite dure mais plus « présentable » — le FN devra surtout choisir entre un parti purement protestataire n’existant que par à-coups et un parti de gouvernement crédible capable d’élargir et de maintenir sa base.

Source marianne2.fr
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